idées reçues

“ Non, le loup n’a pas été réimplanté ”

Loup réimplanté: un mythe qui se perpétue

En Europe, les loups n’ont jamais été réintroduits et aucune population lupine n’a vu ses effectifs augmenter en raison des réintroductions par l’homme. L’expansion géographique et numérique du loup en Italie, dans les Alpes et dans d’autres régions européennes au cours des quarante dernières années est uniquement et exclusivement due à la dynamique naturelle de l’espèce.

L’origine de la rumeur que des loups auraient été réintroduits par l’homme se trouve dans l’arrivée inopinée des loups dans des zones loin des meutes les plus proches. De nombreuses personnes ne pouvaient pas imaginer que les loups étaient capables de parcourir seuls de si grandes distances. Nous avons tendance à sous-estimer la capacité de cette espèce à se déplacer. Parce qu’ils ne peuvent pas conduire une voiture ou prendre le train, beaucoup de gens estiment que les loups sont condamnés à passer toute leur vie dans quelques kilomètres carrés. Pourtant, de nombreuses espèces terrestres, y compris le loup, sont parfaitement capables de parcourir des très longues distances. Dans leur territoire, les loups peuvent se déplacer sur des dizaines de kilomètres en une seule journée, et lorsqu’ils dispersent, ils peuvent parcourir des centaines de kilomètres en quelques mois.

La dispersion sur des longues distances est un comportement caractéristique de l’espèce et un phénomène dynamique et graduel dans lequel des loups juvéniles abandonnent leur meute d’origine et son territoire. Ils partent à la recherche d’un nouveau territoire et d’un congénère du sexe opposé pour se reproduire et former une nouvelle meute. Les loups en phase de dispersion vont souvent parcourir des longues distances, traversant parfois des paysages de plaine ou vallonnés occupés par l’homme et couverts de ses peuplements, où les risques pour les loups sont nettement plus élevés que dans les montagnes (accidents de la circulation, etc.). Par conséquent, le taux de mortalité des loups en dispersion est élevé. 

C’est grâce à ce phénomène de dispersion qu’à partir de quelques douzaines d’individus ayant survécu dans les zones centrales et australes de la chaîne de montagnes des Apennins en Italie, les loups ont réussi à recoloniser, à partir des années 1970 et au fil de nombreuses générations, les territoires alpins dont ils avaient été éradiqués par le passé (dans les Alpes, cette éradication eut lieu au début du XX siècle). 

Comment savons-nous tout cela ? 

Plusieurs événements de dispersion ont été documentés dans les alpes occidentales (tel que montré dans la carte ci-dessous, reproduite du Report of the Piedmont Wolf Project de Marucco et collègues 2010), à partir de l’analyse génétique des échantillons biologiques (crottes, tissue, poils) laissés par les loups lors de leur passage. Les « noeuds » sur la carte représentent les lieux où des échantillons appartenant à un même loup ont été trouvés, chaque échantillon étant labellisé par un code unique (p. ex., CN-M100) indiquant également le sexe de l’animal, mâle (M) ou femelle (F).

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Figure 29. Événements de dispersion naturelle documentés sur l’arc alpin à partir des loups provenants de la région italienne du Piémont entre 1999 et 2008. 


En outre, quelques loups ont été capturés (à des fins de recherche scientifique ou parce qu’ils ont été trouvés blessés dans la nature) et ensuite relâchés munis de collier GPS, un appareil capable de transmettre la localisation de l’animal en temps réel, permettant ainsi le suivi en détail de ses déplacements. Parmi les événements documentés de dispersion lupine les plus célèbres figure celui du loup « Ligabue », qui est allé des Apennins des régions italiennes de Toscane et d’Emilie-Romagne jusqu’aux Alpes de Ligurie (décrit dans Ciucci P. et coll. «Long-Distance Dispersal of a Rescued Wolf from the Northern Apennines to the Western Alps», Journal of Wildlife Management 73(8): 1300-1306):

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Plus récente mais également célèbre est la dispersion faite par le loup « Slavc », qui en partant de la Slovénie est arrivée à joindre, après un long périple, le plateau des Montagnes Lessini en Italie. En 2012, « Slavc » y a formé avec la louve « Juliette » la première meute issue à la fois de la population dinarique et de la population alpine de loups, comme documenté par les chercheurs de l’Université de Ljubljana travaillant au sein du projet LIFE SloWolf

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Nous avons bien sûr indirectement contribué au retour du loup dans de nombreuses régions, et ceci de trois façons : 1) en lui accordant le statut d’espèce protégée aux niveaux national et international (l’espèce ayant été considérée nuisible, sa destruction fut encouragée par le passé), 2) en abandonnant massivement les paysages ruraux et les montagnes de certaines parties des Alpes, qui se trouvent par conséquent dépeuplés et reboisés de nos jours, et enfin 3) en favorisant la restauration des conditions écologiques favorables aux grands prédateurs, notamment grâce à la réintroduction des ongulés sauvages (sanglier, chevreuil, daim, cerf) dans des pays comme l’Italie et la France, ou le renforcement de leurs populations dans d’autres pays comme l’Autriche. 

Conclusion : L’expansion géographique et numérique actuelle du loup est dans tous cas de figure le résultat de la dynamique naturelle de l’espèce, aucune opération de réintroduction n’ayant été réalisée en Europe